Pierre Richard — Wikipédia
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Pierre Richard, de son vrai nom Pierre-Richard Defays, est unacteur,réalisateur,scénaristeetproducteurfrançais, né le16 août 1934àValenciennes(Nord).
Devenu une vedette comique ducinéma françaisau début desannées 1970, il connaît ses plus grands succès en interprétant des personnagesburlesques, rêveurs et gaffeurs, dès ses premières apparitions sur grand écran, après plusieurs années au cabaret et à la télévision. Soutenu parYves Robert, il se révèle en écrivant et réalisant ses propres films dontLe Distrait(1970),Les Malheurs d’Alfred(1972) ou encoreJe sais rien, mais je dirai tout(1973). Derrière la fantaisie, son cinéma transcrit l’esprit contestataire de l’après-mai 68en tournant en dérision les fondements de la société moderne.
Yves Robert lui confère une notoriété internationale à traversLe Grand Blond avec une chaussure noire(1973). Il tourne ensuite pour d’autres grands noms de la comédie, commeGérard Oury,Georges LautneretClaude Zidi. Déjà scénariste de précédents films avec Pierre Richard,Francis Veberfait ses premiers pas de réalisateur en le dirigeant dansLe Jouet(1976) puis l’associe àGérard DepardieudansLa Chèvre(1981),Les Compères(1983) etLes Fugitifs(1986). Le comédien porte ainsi à plusieurs reprises les noms de «François Pignon» ou «François Perrin» dans les films dont Francis Veber est scénariste ou réalisateur.
Pierre Richard jouit d’une grande popularité dans toute l’Europe, ainsi que dans l’ancienneUnion soviétiqueet enAmérique du Sud, à l’instar deGérard Depardieu,Jean-Paul BelmondoouAlain Delon. Reconnu en tant que figure majeure ducinéma comique français, il reçoit unCésar d’honneuren2006et unMagritte d’honneuren2015. Au théâtre, leMolière du seul en scènelui est décerné lors desMolières 2020.
Pierre-Richard Maurice Charles Léopold Defays[1]naît dans une famille de la grande bourgeoisie deValenciennes; il est le fils de Maurice Defays, industriel qui a dilapidé la fortune familiale[2], et de Madeleine Paulasini[3]. Il est également le petit-fils de Léopold Defays[n 1],polytechnicien[4], directeur de l’usine sidérurgiqueEscaut-et-Meuse[5]. Sonprénom composélui vient dePierre Richard-Willm, qui était l’acteur préféré de sa mère[2].
Son père étant parti avant sa naissance, il grandit auprès de sa mère et de ses deux grands-pères. Il souffre toute sa vie du « mal de père », comme il le confie dansLe Petit Blond dans un grand parc, un récit autobiographique écrit en 1989 à l’intention de ses deux fils[6]. Il a sept ans lorsque pour la première fois, par hasard, il rencontre son père àParis, sur l’hippodrome de Longchamp, et il lui arrive par la suite de le revoir dans le château familial[7], mais son père ne s’intéresse pas à lui[8]. Il se console à travers une autre image paternelle, son grand-père maternel, Argimiro Paolassini[9]. Immigré italien, provenant d’un petit village proche d’Ancône, Argimiro s’installe à Valenciennes vers l’âge de vingt ans[9]. Porteur derails, il finit par monter son entreprise[9]. Pierre Richard a une immense admiration pour ce grand-père immigré, car comme lui il était plus proche deGeronimoque deHenry Fordet avait su préserver ses racines paysannes[9]. Il lui faisait penser àRaimu: c’est peut-être pour cela, selon lui, qu’il est devenu son acteur préféré[9]. Argimiro est mort en 1946, la même année que Raimu. Il confie encore :« Il avait dit à ma mère en parlant de moi, de tous mes petits-enfants, celui-ci réussira. Ma mère me l’a répété, ça m’est resté et, jusqu’à mes quarante ans, cette prédiction m’a donné confiance en mon destin, et la certitude que je réussirais un jour ou l’autre »[9]. Par contre, le grand-père paternel Léopold Defays, bien plus austère, lui a tracé un destin plus sérieux en l’envoyant enpensiondans l’objectif d’intégrerSciences PoouSaint-Cyr[9].
Il passe son enfance et une partie de son adolescence dans le château familial de la Rougeville àSaint-Saulve, près de Valenciennes où il est élève aulycée Henri-Wallon, puis pensionnaire de l’institution Notre-Dame[10]. Le rire est pour lui un moyen de se faire une place :« pour m’en sortir, n’étant ni fort intellectuellement ni fort physiquement, je n’avais d’autre solution que d’être drôle pour devenir le chouchou du costaud. J’ai été le fou du roi pour survivre »[11]. En 1944, il est élève de6eaulycée Rollinà Paris[12]. Il entame après le baccalauréat des études de philosophie[13]. Manquant régulièrement les cours pour aller au cinéma, il a18 anslorsqueDanny Kaye, qui lui ressemble physiquement, lui révèle sa vocation dansUn fou s’en va-t-en guerre[5].
En 1953, Pierre Richard rejoint sa mère à Paris, où il prend des cours d’art dramatique à l’écoleCharles Dullin. Il tient à ne pas demander de soutien financier à sa famille mais sa grand-mère, insistante, le laisse disposer en secret d’un appartement dans le16earrondissementet lui envoie des colis de vivres[2]. À l’appel duservice militaireà vingt ans, en 1954, il parvient à se faire réformer en jouant le fou, à l’aide de médicaments[14]. En 1958, une particularité physique, sonhyperlaxité, le fait remarquer dans la série comiqueLa Belle Équipe[2]. Le générique le crédite « Pierre Richard Defays »[2]. Après les remontrances de sa famille, il prend le pseudonyme de « Pierre Richard »[2]. Son père réapparaît pour lui déclarer ne lui trouver aucun talent, un retour qui le blesse profondément[2].
Pour satisfaire l’entourage familial et calmer les angoisses de sa grand-mère, il doit apprendre un « vrai métier » et mène à bien des études dekinésithérapie, sans pour autant renoncer au monde du spectacle[2],[3]. Il doit en effet subvenir aux besoins de sa nouvelle petite famille, à partir de son mariage et de la naissance de son premier enfant en 1960[2]. En 1961, parallèlement à ses études de kinésithérapie, il débute au théâtre avecAntoine Bourseillertout en se produisant dans des cabarets parisiens où il joue ses premiers sketches écrits avecVictor Lanoux[10]. De cette collaboration il déclare en 2016 :« Un jour, ma belle-sœur, qui était une amie de Victor, me dit : Tu devrais le rencontrer, il est si différent de toi. On s’est vus chezLipp, on a écrit des textes et on a été pris à laGalerie 55, le temple du cabaret de l’époque. En même temps que nous passaientJean Yanne,Jacques Dufilho,Guy Bedos… On enchaînait deux-trois cabarets par soir, sinon on ne gagnait pas assez : on jouait un quart d’heure à laGaleriepuis on filait àl’Écluse, puis àBobino»[15]. Pendant cinq ans, les deux amis écrivent des sketches — leur plus fameux étant celui des gifles infligées à Pierre Richard — qu’ils interprètent dans la plupart des cabarets de la rive gauche[2], et souvent en première partie des concerts deGeorges Brassens[16],[13]. Contrastant avec le burlesque alors à la mode chez les autres amuseurs parisiens, leur numéro, selon Pierre Richard,« d’un esprit plus anglo-saxon que français, reposait sur le comique de situation. (…) L’absurdité du dialogue naissait de cette situation. Un genre d’humour qui, malheureusement, était peu transposable sur disque, ce qui a été un gros handicap dans notre carrière ! »[17]. Leurs rapports se dégradent jusqu’au point où ils ne se parlent plus en dehors de leurs passages sur scène[2]. Le duo s’arrête lorsque Lanoux est appelé auThéâtre national populaire, un engagement incompatible avec la tournée des cabarets[2]. La fin de leur duo, et l’incertitude qu’elle apporte à sa carrière, perturbe un temps Pierre Richard, dont la famille vient de s’agrandir d’un deuxième enfant[2]. Au cours de la décennie, il apparaît également dans desémissions de variétésréalisées parJean-Christophe Averty,Pierre KoralniketJacques Rozier[10],[18].
Après avoir interprété ensemble la pièceEn pleine meren 1966, le comédien et réalisateurYves Robert, appréciant son jeu différent, écrit pour Pierre Richard un petit rôle dansAlexandre le Bienheureux(1968)[2],[13]. C’est son premier véritable rôle au cinéma, après de rares figurations[19]. Il profite de ce rôle secondaire pour déployer tout son comique physique le temps d’un numéroburlesqueà peine esquissé au scénario[2]. Yves Robert est impressionné par cette démonstration et lui suggère :« Arrête de jouer dans le cinéma des autres. Tu n’as aucune place dans le cinéma français. Tu n’es pas un comédien, tu es un personnage. Tu n’es pas unjeune premiercommeAlain Delon, tu n’es pas unerondeurcommeBernard Blier, tu n’es rien de tout ça. C’est ton atout. Tu as une place particulière, qui n’est pas encore écrite. C’est à toi de l’écrire et de faire ta place. Tout t’est permis. Invente-toi. Fais ton cinéma »[20],[21],[19].
S’il est d’abord déçu de se voir considérer en tant que personnage et non acteur, Pierre Richard reconnaît l’énorme influence des propos du réalisateur sur sa carrière, ainsi que son aide ultérieure[2]. Le comédien trouve dansLes CaractèresdeLa Bruyèrele personnage qui lui correspond : il est depuis l’enfance maladivement distrait et maladroit, comme Ménalque[2],[13],[22]. Cela débouche sur l’écriture duscénario, en collaboration avecAndré Ruellan, de son premier film,Le Distrait(1970)[2],[13]. Déterminé à révéler son talent, Yves Robert produit le film avec sa maison de productionLa Guévilleet pousse Pierre Richard à mettre en scène lui-même son scénario[2],[13]. Robert lui adjoint les conseillers techniquesMarco PicoetPierre Cossonet le guide dans toutes les étapes du film[2],[19]. Ce premier film réunit un million et demi d’entrées[2],[19]. Pierre Richard devient une valeur montante dès son premier rôle principal (excepté l’oubliéLa Coquelucheen 1969) et sa deuxième apparition importante au cinéma[2]. Il confirme ce succès avec deux autres réalisations,Les Malheurs d’Alfred(1972) puisJe sais rien, mais je dirai tout(1973)[2].
Sur une idée du scénaristeFrancis Veber,Yves Robertlui confie le rôle principal de sa comédied’espionnage,Le Grand Blond avec une chaussure noire(1972), dans lequel il est la victime innocente des manigances deJean RochefortetBernard Blier[23],[10],[24]. Sous l’œil d’un autre réalisateur, l’acteur est employé différemment :« Quand je me mets moi-même en scène, j’utilise aussi bien mes défauts que mes qualités. Mais je me suis aperçu que tout ce que j’avais mis dans le personnage duGrand Blond, et que j’aimais bien, parce que c’était moi, Yves Robert l’avait impitoyablement gommé au montage. Il a coupé tout ce qui n’était plus François Perrin mais Pierre Richard. D’abord je me suis senti frustré. Et puis, à la réflexion, je crois qu’il a eu raison : c’est son film, pas mon numéro »[23]. Peu avant la sortie en salles, les séances destinées à la presse, désastreuses, le font douter de la qualité du film, à tel point qu’il pense sa célébrité déjà terminée[2]. Il estimait dèsLe Distraitqu’il ne bénéficierait que d’un court moment de coup de projecteur[2]. Finalement,Le Grand Blond avec une chaussure noireest une réussite commerciale avec 3,5 millions d’entrées[23],[24]. Il acquiert le surnom durable du « Grand blond »[2]. Le film remporte unOurs d’argentspécial à laBerlinale[25]. L’exploitation à l’étranger le fait connaître à l’international[24]. Son expérience la plus gratifiante est la rencontre, à la sortie d’une projection du film àNew York, avec la fille deDanny Kaye: elle lui déclare voir son père dans sa prestation[2]. Le succès américain du film annonce de possibles incursions àHollywoodmais les projets envisagés avec ferveur parJerry LewisouGene Wilderne voient jamais le jour[13],[n 2].
Cette consécration l’assoit désormais comme l’une des plus grandes vedettes du cinéma français de l’époque[2],[24]. En cette première moitié desannées 1970, il peut être considéré comme l’acteur comique le plus présent et populaire, alors queLouis de Funèstourne plus rarement ces années-là[24]. Ce succès lui permet de renouer pleinement avec sa famille, à l’exception de son père, dépensier et ruiné, dont il perçoit qu’il ne s’intéresse à lui que pour son argent[2]. Preuve de sa notoriété nouvelle, il fait unebrève apparitionavecLino VenturadansLa Raison du plus fou(1973), au sein de la riche distribution réunie parRaymond DevosetFrançois Reichenbach[27].
Le Grand Blond avec une chaussure noiredémontre à la profession que le personnage de Pierre Richard peut être utilisé avec brio par un autre réalisateur que lui-même[28]. Dès lors, d’autres réalisateurs s’intéressent à lui pour bâtir des comédies sur son nom et son personnage, d’autant plus que son aura commerciale s’est décuplée[28]. L’acteur se plaît dans ces engagements moins lourds que la conception d’un film du début à la fin ; il peut ainsi mieux se concentrer sur son rôle[28]. Néanmoins, la verve contestataire de ses premiers films s’étiole chez ces autres auteurs[28],[29].
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